Sainté Lyon 2008, courir la nuit, ça na rien à voir…
L’histoire commence en avril. Après plusieurs années sans véritable challenge sportif, je décide que 2008 signera mon retour sur la scène Internationale !
La sainté-Lyon c’est LA COURSE mythique régionale et forcément tout le monde en parle…
« J’ai un copain qui l’a faite, il a du arrêter le sport par la suite… »
« On a du porter le frère de ma femme pendant trois jours après cette course… »
« Des concurrents égarés de l’épreuve 2007 errent encore dans le bois d’Arfeuille… »
Hop hop hop !!! Arrêtez vos histoires les gars, si vous pensez me décourager, c’est mal connaître le PeeWee Hermann motivé A MORT !!!
Je me documente un petit peu, je prépare un mon plan d’ entraînement et le 06 décembre à minuit pétante me voilà sur la ligne de départ, prêt à en découdre avec le mythe…
| 00h00 DEPART-PARC EXPO ST ETIENNE Grosse impression sous le portique ! C’est la première fois que je participe à une épreuve de cette importance (4500 concurrents pour les solos) et je suis épaté par l’ampleur de l’événement. Musique rock, applaudissements et crépitements photos accompagnent la marée humaine qui s’engouffre dans la nuit stéphanoise. Ça démarre pépère, j’ai prévu d’en garder gros sous le pied au moins jusqu’au 30ème Km. L’objectif prioritaire c’est quand même de finir ! |
| ST ETIENNE – ST CRISTO EN JAREZ – KM 16 La traversée de la banlieue stéphanoise est rythmée par les arrêts techniques des concurrents (trop plein ou pipi de la peur?) Mon camarade de course, Jean Paul, deuxième participation, y va de son anecdote « tiens, René a pissé sur cet arbre l’an dernier ! » Le joyeux drille dont il parle est un sacré candidat. Habitué de l’épreuve (2 chronos sous les 7h20), il a la particularité d’être systématiquement déguisé pendant la course. Ce soir là, après un salut amical, il nous dépassera à vive allure en agitant ses grelots. Si à 55 ans je peux agiter mes grelots comme ça je signe tout de suite pour le costume! Mais revenons à nos moutons, le panneau ARRIVEE 60 KM, annonce le début des hostilités ! |
| 60km ? C’est un panneau du Dakar ? du tour ?, non c’est la sainté-Lyon mec ! Assez surréaliste, d’autant plus que les panneaux ne seront pas légion cette nuit… alors celui là, c’est vraiment pour nous mettre dans l’ambiance ;–)
1h57 – RAVITAILLEMENT ST CRISTO EN JAREZ
|
| ST CRISTO – STE CATHERINE – KM 28 Le terrain gras promis par des semaines entières de pluie est bel et bien là… Ça rame dans cette Frrrrance des petits chemins crrreux ! (NDLR Les deschiens) Moi et mon légendaire sens de l’équilibre (!) nous sautons d’une flaque de boue à l’autre.. Il y a peu d’alternative d’autant plus que les premiers relayeurs sont en train de nous dépasser et qu’ils squattent la voie rapide. Je suis partagé…d’un côté frustré de ne pouvoir avancer plus vite, de l’autre je me dis que ce n’est pas plus mal et que j’en aurai sous le pied quand il va falloir envoyer du GROS !
|
|
| 3h27 – RAVITAILLEMENT STE CATHERINE Désigné par une flèche rouge sur la photo, il passe rapidement la ligne, c’est lui..c’est PeeWee Hermann ! C’est un ravitaillement important et je vais m’octroyer un peu plus de temps que sur les précédents : 3 ou 4mn, pipi compris. Je me sens bien, je sais qu’une grosse partie de la course est derrière et je commence à penser au chrono : projections moyenne horaire, kms…. Je songe à la barre des 8h00 mais il reste encore de nombreux passages techniques et je ne sais pas comment mon corps va réagir dans les heures à venir… prudence. |
STE CATHERINE – SOUCIEU EN JARREST – KM 44
|
Michel DELORE mon héros ! |
| 5h33 – RAVITAILLEMENT SOUCIEU EN JARREST Je ne suis pas au mieux à mon arrivée à SOUCIEU…plutôt soucieux même .. (elle était facile celle là !) Ça tire de partout mais une vive douleur couvre les autres au niveau des ligaments du cou-de-pied… je ne sais pas ce que c’est et je ne le saurai finalement qu’à mon retour au bercail (explication à venir) J’essaye de rester concentré, je m’alimente, d’une manière totalement anarchique en ingurgitant dans la même bouchée, un TUC, du chocolat et une rondelle de saucisson… C’est du n’importe quoi dans ma bouche mais j’ai peur de prendre froid et préfère repartir rapidement. Je demande combien il reste à un groupe de coureurs qui semble prendre son temps, ils annoncent « 25 km, tu tiens le bon bout ! » |
| PUTAIN 25 BORNES !!! je recommence mes calculs savants…Bon c’est clair dans une heure et des brouettes, j’appelle ma chère et tendre pour lui donner le signal de mon arrivée imminente à Gerland. J’enfile l’IPOD et je verrouille. Grimace sur la photo : barre énergétique gelée et j’ai du mal à la croquer… SOUCIEU EN JARREST – BEAUNANT – KM 57 C’est au pied des aqueducs de Beaunant que j’ai eu mon passage le plus difficile de la course. La douleur, les douleurs qui s’étaient intensifiées, quadriceps, mollets, fessiers… Il est 6h55, je sais qu’il reste au moins 12km et que descendre sous la barre des 8h00 (objectif secret) sera difficile. Je me dépêche de m’alimenter (encore de manière anarchique) et je sors le téléphone du Camel Bak pour appeler la miss. Une fois : répondeur, deux fois : répondeur, fixe : sans réponse. je laisse un message je n’ai plus le temps d’attendre. Inutile de vous dire que la côte des aqueducs se fait en marchant, d’un bon pas certes mais en marchant. Je gamberge pas mal.. je pense au coup de téléphone et je commence à m’imaginer qu’il est peut-être arrivé quelque chose à la miss en rentrant de sainté cette nuit… J’ai mal, je suis fatigué, les idées noires persistent et comme ça d’un coup je me mets a pleurer… je suis enfin au sommet de cette bon dieu de côte et je suis seul. Pour la première fois de la course, il n’y a personne devant moi et c’est plutôt bienvenu… Ma petite crise est salutaire et pleurer est comme un exutoire à tous mes bobos. Je pense maintenant à tous ceux que j’aime et qui seront certainement fiers de moi si j’arrache ce PUTAIN DE CHRONO !!! (désolé à 6h du mat et dans ces conditions c’est dur de rester poli ;–) |
| Finalement, j’y suis, je rentre et je tombe !!! complètement CRAME ! Je me relève et je demande si je suis bien en moins de 8 heures 00 et on me confirme 7h57 (ce sera 58 finalement mais peu importe) Quelques minutes plus tard je tombe en larmes dans les bras de ma chère et tendre. Sacré aventure la Sainté-Lyon.. Je suis partant pour l’année prochaine !. MAJ 2009. L’année prochaine, c’était hier et après une préparation plus sérieuse j’ai terminé cette course en 6h58 avec un classement de 268ème sur 6000 participants…) |
| SPECIAL THANKS : Les kikoureurs qui passeront par là pour les différents récits de course que j’ai pu lire sur leur site. Running Conseil LIMONEST pour l’alimentation, ma femme pour son soutien, la logistique, les lessives de vêtements boueux ! Mes amis pour leur soutien sans faille et mes parents qui ont fait en sorte que ces bons dieux de cannes n’explosent pas en plein vol ! |
Quelle belle aventure,il en faut du courage pour tenter ce genre de course. Finir en moins de 8H00 en plus, c’est un bel exploit. Maintenant il te reste plus qu’à gagner Kho Lanta lo l!! J’ai eu le père hier au téléphone et il était vraiment fier de toi. Félicitation Frangin bisous
Merci Frangin ! Je sais que tu étais derrière moi ça aide aussi.